Cartes sur table

Le Plume : département des cartes et plans

10 août 2008

Les ingrédients d'une carte, 1 : un découpage

Je commence ici une petite série sur les fondamentaux de la cartographie : n'ayant aucune compétence particulière pour en parler, il est bien naturel que je m'y emploie. N'est-ce pas la logique même des blogs et autres wiki ?

Premier problème de la cartographie : la feuille de papier a des dimensions finies alors que l'objet représenté (notre bonne vieille terre) est, lui, infini. Bon, techniquement, pas complètement infini, je suis d'accord, mais (1) la taille de la feuille est négligeable au regard de la taille de la terre - et, sauf pour des échelles extrêmes, la taille de la zone couverte est relativement négligeable aussi ; (2) je me suis laissé dire que la terre était à peu près sphérique, ce qui veut dire que, dans quelque direction que l'on parte, on pourra continuer droit devant indéfiniment. Non sans difficultés, j'en conviens.

Bref : la cartographie papier nécessite que l'on définisse à l'avance les limites de la zone que l'on va représenter sur une feuille donnée. Faire des cartes, c'est découper.1 Là, deux possibilités :

  • Si l'objectif est d'assister l'utilisateur dans ses déplacements, on va essayer de découper un morceau qui correspond à une zone de déplacement. C'est le cas des cartes marines, des plans de villes et, parfois, des cartes routières.
  • Si ce qu'on veut, c'est produire un portefeuille de cartes couvrant intégralement un territoire à une échelle donnée, le plus simple, c'est de fixer un carroyage : on découpe la zone en rectangle plus ou moins grands suivant l'échelle retenue, et voilà : un petit rectangle = une feuille.


Maps of Sout Africa, Index of the maps published by the Chief Directorate: Surveys and Land Information, Mowbray, Western Cape, janvier 1997 :
cartes topographiques au 1:50.000.

L'institut géographique national français utilise cette méthode pour sa couverture globale du territoire au 1:50.000 et 1:25.000 (série orange ou série bleue), en utilisant - en hommage sans doute aux inventeurs du système métrique - un découpage basé sur les longitudes et latitudes exprimées en grades et centigrades. Son équivalent sud-africain2 en fait de même, en utilisant un découpage en degrés.

Dans ce cas précis, l'unité de base du système fait un degré de côté dans les deux sens, ce qui dans les latitudes concernées en fait un rectangle un peu plus haut que large ; chaque case porte le nom des latitudes et longitudes du coin supérieur gauche. Par exemple, ici, la case comportant Caledon et Hermanus (34°S, 19°E) s'appelle tout naturellement 3419.

Ensuite, tout dépend de l'échelle de la carte. Pour les cartes aéronautiques au 1:1.000.000, chaque feuille fait six cases sur quatre ; pour les cartes au 1:500.000, c'est quatre cases par deux, la carte portant le numéro correspondant à son coin supérieur gauche ; deux cases par feuilles pour les cartes « topo-cadastrales » au 1:250.000. Pour les cartes topographiques au 1:50.000 (l'exemple ci-dessus), chaque case est couverte par seize cartes, sauf zones côtières ; on utilise donc un système de lettres, A, B, C et D désignant les quadrants nord-ouest, nord-est, sud-ouest et sud-est.

Ainsi, l'exemple de Rodonné l'autre jour vient de Robin Island la feuille couvrant le quadrant sud-est (D) du quadrant sud-ouest (C) de la case 3318 (à l'endroit du N final de Cape Town sur l'image ci-dessus) : c'est la carte 3318CD. Et celle du Gamkaskloof que je vous avais montré il y a quelques temps venait du quadrant sud-ouest du quadrant nord-est de la case 3321, donc : 3321BC. C'est tout simple. De toute façon, j'ai déjà super mal à la tête, donc autant me venger sur les autres.

Notez qu'un tel système est susceptible d'aménagements, par exemple quand une feuille serait composée au trois quarts de mer - il ne s'agit pas de cartes marines, après tout. Ainsi, autour de la ville du Cap, les cartes au 1:250.000 sont pivotées, plus longues dans le sens nord-sud que dans le sens est-ouest, alors que c'est généralement l'inverse : on peut ainsi se rapprocher d'avantage des contours côtiers. En plus, ça évite de découper en deux la ville du Cap, qui est traversée par le 34e parallèle. Notez que l'IGN n'a pas ces pudeurs : les cartes de la série orange couvre un rectangle de 0,2gr de latitude par 0,4gr de longitude, mer ou pas mer ; la 0714, que je connais bien (Perros-Guirec) est donc composée en grande majorité de bleu.

Autre adaptation possible de ce système : faire un découpage en rectangles de tailles identiques, mais avec recouvrement. C'était le cas autrefois des cartes routières Michelin au 1:200.000 et des cartes IGN au 1:100.000. Inconvénient du système : recouvrement ou pas, le trajet qu'on fait tombe toujours entre deux cartes et, en plus, on n'arrive jamais à retrouver comment ça se raccorde. C'est je suppose pour cela que Michelin a sorti ses cartes régionales, couvrant une aire beaucoup plus grandes, au prix de gymnastique parfois scabreuse quand on est dans une petite voiture pour trouver le bon pli. Et que l'IGN a sorti ses cartes départementales, qui ont un avantage énorme : les Français pensent le territoire en termes de département ; si on va en vacances dans le Tarn, c'est plus intuitif d'acheter la carte du Tarn que de se demander s'il faut prendre la carte Mende-Rodez, Montauban-Cahors ou Albi-Toulouse. Par contre, du coup, on renonce au principe de l'unicité de l'échelle au sein d'une série de cartes : difficile de mettre la même échelle pour la Gironde et pour le Territoire de Belfort.

Tout ça pour dire qu'une carte, ça commence par un découpage. Et pour l'amateur de carte, l'avantage, c'est que du coup il faut des cartes pour représenter le découpage des cartes !

1 La cartographie électronique ne change pas ce problème, elle permet seulement de le dissimuler.

2 Le Chief Directorate: Surveys and Mapping, dépendant du Department of Land Affairs du gouvernement sud-africain.

Épisodes précédents :

  1. Un découpage

2 Commentaires :

Anonymous N. Holzschuch a dit...

Tu as aussi les "Top 25" de l'IGN, pour les endroits où le découpage carré était vraiment trop mauvais. Genre la ville de Dijon, qui se trouvait pile sur un coin, obligeant les promeneurs à jongler avec 4 cartes.

On a sorti une "Top 25", spéciale promeneur, de la taille correspondant à la zone couvrable par un promeneur à pied en bonne santé. Ici, l'échelle ne change pas...

De toute façon, quelle que soit la carte, mon plaisir est de la plier de façon à avoir en main un carré de 30 cm sur 30 cm qui me permet de visualiser ma position et le trajet que je vais faire dans la prochaine heure (pour ne pas avoir à faire le pliage trop souvent).

13/8/08 23:39  
Blogger Le Plume a dit...

ouaip, je voulais en parler mais l'entrée était déjà bien longue.

Une carte de la série bleue, c'est une carte de la série orange coupée en deux (d'où les numéros: 0714O = moitié ouest de la zone couverte par la série orange 0714; 0714E pour la moitié est). Avec le même problème, c'est que que les découpages vont tomber pile là où on ne veut pas, de la même manière que la tartine tombe toujours sur la confiture.

D'où l'invention de la série bleue touristique: dans les zones les plus propices à la promenade, on étend la zone de couverture d'une carte de la série bleue pour couvrir une zone de promenade, on l'imprime sur papier glacé et on met un T derrière le n° pour signaler le changement. On augmente le prix aussi, pas fous.

14/8/08 10:35  

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